Monument aux Morts de la Grande Guerre 1914-1918

Le monument virtuel

 Au contraire de la majorité des autres communes françaises, Paris ne disposait pas jusqu’ici de monument récapitulant les noms de ses morts de la Première Guerre mondiale.

Des projets avaient été envisagés durant l’Entre-deux-guerres, mais aucun n’avait dépassé le stade des études.

Il n’existait sur le territoire parisien qu’un seul monument rendant un hommage à l’ensemble des morts du conflit, sans qu’il soit nominatif, celui du Trocadéro réalisé en 1956 par Paul Landowski. C’est celui qui a inspiré le fond d’image du site.

La Mairie de Paris a souhaité corriger ce manque et a confié à la direction des affaires culturelles la réalisation d’un monument virtuel.

Ce « monument » a été rendu possible grâce au rapprochement opéré dès 2005 entre la Ville de Paris et l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Une équipe du Centre d‘Histoire Sociale du 20e siècle de l’université Paris 1, dirigée par le professeur Jean-Louis Robert, soutenue financièrement par la ville de Paris, a effectué durant de nombreux mois un travail de croisement et de recensement à partir d’une source principale, les livres d’or des mairies d’arrondissements.

Dans ces registres, accessibles sur demande, les familles  parisiennes et les autorités locales ont fait inscrire entre 1919 et 1939 les noms de leurs parents et des résidents de chaque arrondissement morts pour la France.

Après décompte et croisement de plusieurs sources,  le nombre de morts parisiens de la 1ere guerre mondiale a été estimé à plus de 93 000.

 

La naissance des livres d’or parisiens

Le livre d'or de la Mairie du 11e arrondissement dans sa vitrine de présentation © Pignol / COARC / Mairie de Paris

Dès le mois de décembre 1914, le Conseil municipal adopta une délibération prévoyant dans chaque mairie d’arrondissement, en plus de plaques portant les noms des soldats « tués à l’ennemi » et des soldats « cités à l’ordre de bravoure », la création de livres d’or où seraient inscrits les noms des blessés de la guerre. Après une enquête du préfet auprès des maires d’arrondissement, une nouvelle délibération, le 3 décembre 1915, décida du dépôt dans chaque arrondissement de deux livres d’or, l’un pour les « habitants de l’arrondissement tués à l’ennemi », l’autre pour « les citoyens de l’arrondissement cités à l’ordre du jour ».

À la fin de la guerre, le Conseil de Paris réaffirma sa volonté de voir l’établissement des livres d’or dans chaque arrondissement  pour « les soldats morts au champ d’honneur ou des suites de leur blessure » et « les citoyens qui ont été cités, et, pour ce fait, décorés de la Croix de guerre ». Les crédits pour l’établissement des livres d’or furent votés en décembre 1923 et complétés en juillet 1930. Il fut alors stipulé que les plaques ne porteraient pas la liste nominale des morts. Les livres d’or furent inaugurés à des dates différentes selon les arrondissements, du milieu des années 1920 au milieu des années 1930.

Parallèlement à cette initiative municipale, l’État, par la loi du 25 octobre 1919 (Articles principaux) prit la décision de la création de livres d’or dans chacune des communes de France et de leur dépôt au Panthéon. Ces mesures n’ayant pas abouti, en 1929, le ministère des Pensions adressa aux mairies des listes de morts de leur commune pour les corriger et les compléter. Ces documents sont une source précieuse – bien qu’incomplète pour certains arrondissements parisiens – conservée aux Archives nationales et consultable en ligne.

Pour remplir les livres d’or, les mairies d’arrondissement s’appuyèrent donc sur des sources diverses : décès enregistrés pendant le conflit, faire-part de décès, déclaration des familles ou listes fournies par le ministère des pensions.

 

Une source historique riche et complexe

Du fait des conditions de leur création, les listes d’or ne coïncident pas complètement avec les listes des militaires décédés ayant obtenu la mention « mort pour la France » consultables sur le site Mémoire des hommes. Cette mention, créée par  la loi du 2 juillet 1915 pour ceux dont la mort est imputable à la guerre, est accordée dans les conditions définis par les articles L488 et suivants du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre. Ainsi, en ce qui concerne les non-combattants, la mention dans le livre d’or exigeait un décès par acte de violence commis par l’ennemi « soit dans l'exercice de fonctions publiques, soit dans l'accomplissement de leur devoir de citoyen ». Cette condition est supprimée pour la mention « Mort pour la France ». L’accès au livre d’or est donc, officiellement, plus restrictif, puisque les civils morts dans un bombardement, nombreux à Paris, n’avaient pas à y figurer. Par contre un militaire, en fonction à l’arrière, mort dans le même bombardement pouvait y être mentionné. La notion de « maladies contractées en service commandé » peut aussi être diversement interprétée, tant il est difficile de déterminer si la maladie, typhoïde ou tuberculose par exemple, s’est déclarée avant ou pendant le conflit

Au final, des Parisiens peuvent figurer parmi les « Morts pour la France » sans être sur les livres d’or (cas des civils par exemple). Inversement, l’interprétation plus libérale des communes, en particulier concernant les maladies contractées en service, de même que les interprétations dans l’orthographe des noms et l’ordre des prénoms, conduisent à ce que plusieurs milliers de noms n’ont pas été retrouvés ou facilement identifiés sur le fichier national des « Morts pour la France » et créent ainsi des écarts entre les deux sources.

La liste des noms présentée dans ce monument virtuel,  dressée à partir des livres d’or, doit donc être considérée, au même titre que les monuments aux morts,  comme  un document historique complexe qui n’a pas vocation à être modifié. Un pictogramme sera néanmoins placé dans la marge droite pour d’éventuels correctifs.

 

Une estimation du nombre de morts parisiens

Livre d'or ouvert de la mairie du 10e arrondissement. Y figure la liste des soldats comme suit : Nom, Prénom(s), Classe de recrutement, Régiment, lieu de décès © Christian Rapa / DHAAP / Mairie de Paris

Les noms relevés sur les livres d’or des arrondissements parisiens sont au nombre de 96 979. Toutefois, il faut noter que des doubles (voire plus) sont apparus entre les arrondissements. Chaque arrondissement inscrivait les morts parmi ses habitants, selon leur dernière adresse connue. Mais il arrivait que l’armée dispose de plusieurs adresses pour envoyer ses avis de décès ou que les membres d’une famille du décédé fasse aussi inscrire le nom dans leur arrondissement. Le monument aux morts virtuel est donc d’abord un monument des morts habitant à Paris (et non nés à Paris). En enlevant les doublons, nous décomptons donc  environ 93 000 noms dans la base de données.

Une dernière indication doit être signalée. Le livre d’or du 3e arrondissement a disparu de sa mairie et les morts de cet arrondissement manquent donc au monument virtuel. Pour cet arrondissement, les listes conservées aux Archives nationales peuvent être consultées (mais, hélas, elles ne sont pas complètes). On peut néanmoins évaluer leur nombre, compte tenu de la population du 3e en 1914, à 2 600 à 2 700 et estimer que sont inscrits sur les livres d’or des arrondissements parisiens plus de 95 000 noms différents. Le Livre d’or original du 6e arrondissement a également disparu mais les listes des morts gravés sur le monument aux morts ont permis de compléter le monument virtuel.

 

Les informations fournies par le monument virtuel

Pour chaque soldat (lorsque le renseignement était disponible dans les sources), le monument indique son identité (nom, prénom-s), son unité d’appartenance, la date de sa mort, le lieu du décès et le département du décès, le ou les arrondissements où son nom a été retrouvé.

Des recherches peuvent être aisément effectuées sur ces différentes informations.

Pour conserver au site l’allure d’un monument aux morts, des informations concernant le grade, la cause de la mort, l’adresse parisienne ne peuvent pas être directement consultées. Certaines de ces informations pourront être retrouvées en consultant la fiche nominative du mort disponible sur le site Mémoire des hommes. D’autres devront faire l’objet d’une demande au gestionnaire du site.

Des contenus éditoriaux permettent de situer le contexte historique. Une carte recense tous les lieux de mémoire (plaques, statues, chapelles de certaines églises...) existants à Paris.

Ce site est évolutif et participatif, chaque Parisien pourra compléter les informations qui y sont données.

 

 
 

NOTES 

*On a toutefois corrigé des erreurs grossières comme décédé le 20 août 1913 etc… Les erreurs peuvent être signalées au gestionnaire du site et pourront être répertoriées en annexe